En 2019, l’Étoile Saint-Marc fêtait ses 140 ans d’existence. Ce qui en fait l’une des plus vieilles associations d’Orléans. l’Étoile Saint-Marc est toujours très active dans le quartier.

L’association, grâce à ses bénévoles, continue à proposer des activités sportives, de bien-être et de détente: pilates, yoga, stretching, gymnastique douce, randonnée pédestre, etc. Pour le plus grand plaisir de ses quelques 200 adhérents.

Photo de groupe de l’Etoile Saint Marc en 2017

Auteur : L. Lordet / Le site de l’association


Le texte qui suit est intégralement repris de l’article de Gabriel Thévard publié dans l’ouvrage « Des Patronages aux Associations. La Fédération Sportive et Culturelle de France face aux mutations socio-culturelles – regards croisés« , sous la direction de Laurence Munoz et Gilles Lecocq. Nous publions ce texte avec l’aimable autorisation des Éditions l’Harmattan.

Etoile Saint-Marc d’Orléans – Une essence foncièrement sociale

Origine et développement

Au cours du XIXe siècle finissant, l’église d’Orléans avait bien de la chance : le diocèse bénéficiait du dévouement d’un clergé instruit et ouvert aux problèmes sociaux, héritage des initiatives d’un évêque exceptionnel, bien que controversé par ailleurs, Monseigneur Dupanloup. La formation spirituelle et morale de la jeunesse a donc constitué l’une des préoccupations des prêtres du moment : le catéchisme, et après ?… Ainsi naissaient des « catéchismes de persévérance » destinés aux jeunes ayant passé l’âge de la Première Communion (ce qu’on appelle maintenant la Profession de Foi). C’est donc dans ce contexte qu’au cours de la période 1879-1880, 5 ou 6 garçons se sont trouvés réunis dans la chambre d’un vicaire de Saint-Marc, l’abbé Durand, en compagnie de l’organiste paroissial, M. Poillerat, lequel devait se révéler un joyeux animateur. La paroisse Saint-Marc est située dans un faubourg rural d’Orléans avec une large population de vignerons.
Une chambre, le jardin du presbytère, accessoirement le logement de M. Poillerat, tels ont été les premiers locaux du patronage. Bien vite, l’abbé Bozon, curé de Saint-Marc de 1881 à 1904, a donné une structure officielle à ce nouveau groupement et un directeur, l’abbé Fleureau. Le premier patronage orléanais était formé … Les archives de l’époque ne nous disent guère ce qu’on y faisait, mais ce qui est certain, c’est que les adolescents s’y retrouvaient : nous en possédons la preuve, dans la mesure où lesdites archives comportent à peu près uniquement des factures relatives à la construction, l’aménagement, l’éclairage et le chauffage d’une salle adaptée aux besoins. Certains fournisseurs ont libellé leurs mémoires à « Monsieur le Curé Bozon, pour la persévérance ». Le très généreux M. Poillerat avait, à l’occasion, trop préjugé de ses possibilités financières en promettant imprudemment de régler certains frais : l’affaire remonta jusqu’à l’évêché ! Le directeur de l’école paroissiale, M. Desmoulins a contribué, de son côté, au succès du patronage à partir de 1890, date de son arrivée.
Lorsqu’en 1904 l’abbé Solut a pris possession de la cure de SaintMarc, la situation se présentait comme suit :
Le patronage des jeunes gens, installé 1 rue du Pressoir neuf, dont les activités se déroulaient avant tout, le dimanche après-midi : gymnastique et théâtre, la gymnastique ayant rapidement évolué vers la préparation militaire selon la logique de l’époque. Le patronage des petits garçons, tenu chaque jeudi rue du Pressoir neuf. Le patronage des jeunes filles, étroitement lié au catéchisme de persévérance, dont les réunions occupaient également le dimanche après-midi, mais au 20bis rue Saint-Marc ; jeux divers, théâtre, lecture en étaient les centres d’intérêt (la bibliothèque était d’ailleurs ouverte à tous les paroissiens). Le patronage des petites filles de l’école publique, articulé avec les séances de catéchisme, installé les jeudis et dimanches chez une paroissienne.
La guerre de 1914-1918 n’a certes pas été favorable à l’évolution de ces « patros », mais elle n’en a pas interrompu l’existence. Elle a été marquée par le retour provisoire à Saint-Marc de M. Poillerat, prêtre cette fois, mais âgé, venu remplacer les vicaires mobilisés. La décade 1920-1930 a été celle d’un renouveau et du développement des différentes sections : leur bulletin commun L’Étoile Saint-Marc en a fidèlement retracé les activités.

  • Le groupe des vétérans et anciens, orienté vers le théâtre, avec des séances récréatives et des drames religieux.
  • La section des jeunes, au sein de laquelle on pratiquait le basket, l’athlétisme, la gymnastique, avec participation à des concours de la Fédé ; une fanfare était nécessaire ; de plus le local permettait des jeux plus calmes (billard, cartes) et des réunions variées.
  • Quelques conférences, cercles d’études, promenades s’ajoutaient à l’ensemble.
  • De leur côté les jeunes filles, soigneusement éloignées des garçons selon l’usage du moment, disposaient de jeux, donnaient aussi des représentations théâtrales et ont réalisé des voyages, généralement sous forme de pèlerinages. En 1928 on distinguait le « grand patronage » et celui des petites filles qui se tenait rue de l’École Normale

En 1931, le bulletin L’Étoile Saint-Marc est devenu Bulletin paroissial, sans pour autant négliger sa fonction de liaison entre les groupes, et d’informations réciproques. A ce moment, l’éventail était encore plus largement ouvert quant au choix des activités. Pour les jeunes gens : mardi et jeudi, gymnastique adultes ; mercredi, trompettes et gymnastique pupilles ; vendredi, répétitions de théâtre ; samedi orchestre ; une section de tir s’y était ajoutée. Les concours de musique, gymnastique et tir proposés par la Fédération – future F.S.C.F.- constituaient des motivations supplémentaires et d’ailleurs aux palmarès figurent des représentants de l’Étoile. L’organisation de séances récréatives était aussi des occasions de forte mobilisation. De plus, il y avait toujours des cercles d’études. Les anciens se réunissaient une fois par mois et participaient aux mêmes séances récréatives. En outre, une nouvelle salle de théâtre a été aménagée en 1931, et dès 1932, le style des représentations a été modernisé en étant orienté vers le genre music-hall. Une galette des rois ajoutait chaque année un lien tangible entre les adhérents de ces sections masculines.
Le patronage des jeunes filles continuait à vivre et même à bien exister mais dans une discrétion considérée de bon aloi à cette époque, s’agissant de l’élément féminin ! Théâtre, chant, promenades restaient au programme.
Chez les jeunes garçons, ceux du patronage du jeudi, le ballon devait être le roi ; le cinéma, muet bien entendu, couronnait les après-midi d’hiver, avec bien souvent le héros sympathique qu’était Félixle-Chat. Les fillettes, de leur côté, avaient droit à des jeux moins violents, mais bénéficiaient aussi du cinéma.
Un patronage de vacances a été organisé alors pour les garçons dans la salle paroissiale et rue de l’École Normale pour les filles. Mieux, en 1932, l’achat de la propriété du « Menhir » à Saint-Brévin l’Océan a permis l’ouverture d’une colonie de vacances pour les uns et les autres.

Il apparaît que les différentes sections ont parfois fonctionné de façon autonome : on est un peu surpris de constater qu’en janvier et février 1932, la salle de théâtre a été utilisée trois dimanches consécutifs pour les représentations séparées, respectivement organisées par le patronage des jeunes gens, celui des jeunes filles, et l’Étoile Saint-Marc ainsi désignée, c’est-à-dire le groupe sportif. Orientations complémentaires au sein d’une même communauté, sans aucun doute, et non pas concurrence fratricide … D’autant plus que des besoins nouveaux apparaissaient, et de nouveaux groupes paroissiaux allaient bientôt s’articuler avec ceux qui existaient déjà : J.A.C. bien liée au patronage en 1932, J.O.C. en 1936, signe de l’urbanisation progressive du quartier, scouts et louveteaux la même année. En 1938, sous le titre général de Patronage sont réunis dans le Bulletin paroissial, la gymnastique et les trompettes, les scouts, la J.A.C. et la J.O.C. On peut retenir aussi que le football avait fait son apparition parmi les sports pratiqués à l’Étoile Saint-Marc, et qu’une section de fifres avait été reconstituée chez les jeunes garçons. Quant aux fêtes des anciens, elles faisaient partie des institutions bien assises.
La guerre de 1939-1945 fut une période sombre en tous domaines : les sociétés sportives ont souffert du manque de liberté autant que les individus.
Une réorganisation administrative de l’Étoile Saint-Marc s’est imposée en 1950. On y trouvait alors des équipes de basket, une section de cross-country, une autre de tir, la gymnastique et la fanfare ; le groupe des anciens subsistait. Une Union Saint-Marc a tenté de coordonner autant que possible l’action des différents mouvements paroissiaux, lesquels oeuvraient de manière autonome : Etoile, JAC, JACF, scouts et louveteaux, guides et jeannettes, …
L’Etoile Saint-Marc a continué à vivre avec ses sections sportives et culturelles avec des disparitions de sections et créations d’autres : ainsi le volley-ball, le tennis de table apparaîtront ainsi qu’un foyer de jeunes dans les années 1960 avec des activités telles labo-photo, guitare, réunions de réflexion avec le concours du vicaire de la paroisse.
A défaut d’encadrement suffisant, alors que la paroisse laissait les laïcs la gérer et que des associations municipales voyaient le jour, l’Etoile Saint-Marc perdit de son éclat. En 1975 ne subsistaient que trois sections : un petit groupe de pongistes et des garçons et des filles pratiquant la gymnastique.

Une renaissance fidèle aux origines

Dans le quartier, les immenses vergers qui avaient remplacé les vignes au début du siècle étaient depuis les années 50 eux-mêmes en voie de disparition pour permettre la construction d’un très important ensemble d’habitations dont toute une cité HLM.
Cent ans après sa naissance, l’Étoile Saint-Marc va connaître un renouveau sous la conduite principale d’une jeune femme* qui découvre le monde des enfants et adolescents habitant cette cité HLM avec des immeubles corrects et d’autres bien médiocres.

* (Ce que l’auteur ne dit pas) Il s’agit de Jeannette Thévard.

Très vite elle comprend qu’il faut faire quelque chose. Elle organise des week-end pour les adolescents dans des fermes des environs exploitées par des amis, et puis des centres de loisirs sans hébergement dans la cour et les locaux de l’Étoile où, avec de petits moyens et des jeunes bénévoles, sont organisées des activités manuelles et des jeux. Le curé de la paroisse accepte de soutenir cette évolution qui effraie les quelques anciens responsables encore en place : l’accueil de cette jeunesse à comportements parfois à problèmes et incluant diverses nationalités qui n’est plus cette population traditionnelle du quartier. Un quartier où existent deux mondes totalement différents.
A ces activités ponctuelles vont bientôt s’ajouter des sections pour les filles comme la danse et la GRS. Dans le même temps la F.S.C.F. promeut le sport pour tous. L’Étoile Saint-Marc va prendre cette orientation en organisant des randonnées pédestres, des tournois de tennis de table ouverts à tous, de la gymnastique de détente.
Parmi les jeunes filles qui font de la danse ou de la GRS, quelques unes se révèlent motivées pour participer à l’encadrement de plus petites.
Les deux mondes se mélangent difficilement. Malgré les efforts des responsables, il est des sections qui vont plutôt accueillir des enfants des HLM alors que d’autres sections seront composées d’adhérents d’autres zones d’habitat. Tout cela va néanmoins fonctionner et l’Étoile Saint-Marc va bientôt compter environ 250 licenciés : Danse, Gymnastique de détente, GRS, yoga, tennis de table, randonnée, éveil de l’enfant, jonglerie, animation vers les enfants dans le quartier dit difficile, implication dans tout ce qui se fait avec les élus locaux et les autres organismes.
Une des plus belles réussites en matière d’innovation c’est l’animation de rue pour les enfants pendant les vacances. Les jeunes cadres issues du quartier ont insisté sur le fait que les petits passaient leurs vacances dans la rue, les parents refusant de les envoyer dans les centres sociaux. La responsable de l’animation a mis en place avec elles des activités au pied des immeubles, des activités toutes simples ne nécessitant pas de grands moyens. D’autres jeunes du quartier vont venir encadrer tout en préparant un B.A.F.A.. Ainsi l’été ont été dénombrés jusqu’à 400 enfants ayant participé à ces activités. Petit à petit des mamans sont descendues apporter leur soutien.
Les diverses autorités de tutelle ont fini aussi par comprendre l’intérêt des actions et participer au financement.
Les responsables ayant quitté la ville, malgré un projet de continuité mis en place, le nouveau bureau de l’Étoile Saint-Marc ne s’est pas senti suffisamment fort pour encadrer de telles actions. L’animation de rue a été reprise par un organisme municipal avec comme responsable un des jeunes du quartier formés à l’Étoile.
Aujourd’hui l’Étoile Saint-Marc poursuit ses activités avec des sections sans compétition : danse, gymnastique de détente, yoga, randonnée, éveil de l’enfant, … rassemblant encore environ 200 adhérents, peu du quartier sensible. Toutefois ces sections loisirs permettent des rencontres amicales et du soutien moral pour certaines personnes seules.
Ainsi que je l’évoquais au départ, l’Étoile Saint-Marc est « ouverte aux problèmes sociaux ». Ce fut la clé d’une réussite. C’est avec cette même clé que l’association a connu une nouvelle naissance 100 ans plus tard, et qu’elle a maintenant dépassé l’âge de 127 ans .

Gabriel Thévard – © Éditions l’Harmattan, 2009.