Résumé

Le Parc de la Fontaine de l’Etuvée (Fons estivus pour « Fontaine d’été » ?) couvre 7 hectares. Il s’agit d’un milieu semi-naturel (transition entre espaces urbains et naturels) réaménagé en 1992, qui a vocation à la promenade et à l’observation de la nature. Il est principalement constitué de prairies environnées d’anciens vergers. Le parc est riche de sa biodiversité et de son histoire, étroitement associée à l’eau.

Enjeux

Dans un contexte de changement climatique et d’effondrement de la biodiversité, les milieux naturels ou semi-naturels en ville assurent plusieurs fonctions/service. Les zones humides en particulier sont favorables au maintien de la biodiversité. La gestion de la ressource en eau, et la pérennisation de cet élément emblématique et historique du parc, est également un enjeu majeur dans le cadre de l’adaptation des villes au dérèglement climatique, au même titre que son intérêt dans la régulation du climat local (îlots de fraicheur). En plus de répondre à ces enjeux, le Parc de la Fontaine de l’Etuvée bénéficie de qualités esthétiques indéniables qui, complétées par des éléments d’accueil (aire de jeu, agrès sportifs installés suite au Budget Participatif de 2018, canisite, gestion des déchets) et de formation du public (règlement du parc, panneaux pédagogiques installés en 2015, visites, ateliers), expliquent le succès de cet écrin de verdure auprès des habitants.

Moyens

Le parc bénéficie d’un plan de gestion écologique/différenciée du site depuis 2013. Cela suppose le respect du rythme de la faune et la flore dans l’entretien (fauches, tontes…) du parc, une démarche zéro pesticides depuis 2008, peu de plantations (seulement des espèces locales : érables, prunus, merisiers), pas d’apport de matière organique et peu d’export (résidus de tonte), maintien des ronciers qui servent d’habitat et de source de nourriture pour les animaux, pas d’arrosage (sauf pour les plantations), pas d’éclairage, etc. Le site est protégé par le Plan Local d’Urbanisme car il participe au corridor écologique (trame verte et bleue) entre la ville et la forêt d’Orléans. En 2020, le Parc de la Fontaine de l’Etuvée obtient le label EcoJardin. Des travaux visant à « sécuriser et embellir » le parc sont envisagés en 2022. Il s’agit notamment de réaménager les deux entrées et peut être d’en créer une troisième.

L’eau dans le parc

L’eau est omniprésente dans le Parc : dans son nom associé à une fontaine (supposée être autrefois située au nord du Parc, dans son histoire, et dans son fonctionnement actuel. Grâce à un réseau d’aqueducs souterrains (enfouis à plus de 5 m sous nos pieds !) et de bassins datant de l’Antiquité, ce site alimentait en eau le centre d’Orléans (Cenabum à l’époque). Le tracé de l’aqueduc depuis la Fontaine de l’Etuvée jusqu’à Orléans centre (Figure 1) reste imprécis (un point non confirmé lors de la percée de la tranchée de la ligne ferroviaire Paris-Vierzon) et les sources alimentant les aqueducs provenant du Nord et de l’Est ne sont toujours pas identifiées.

Figure 1 : Localisation du sanctuaire de la Fontaine de l’Étuvée, de la ville antique, et tracés supposés des aqueducs. Source : Verneau et al., en préparation.  

Lors du réaménagement du parc en 2002, une grande mare de 2 500 m² a été creusée, alimentée par un réseau de noues. Du fait des travaux alentours, cette mare a été asséchée durant les étés 2009 et 2010. Un forage dans la nappe du calcaire de Beauce a été réalisé pour alimenter la mare en cas d’assèchement. Il est actionné par une éolienne installée en juillet 2015. Les prélèvements dans la nappe sont limités grâce à une gestion alternative des eaux pluviales. Les eaux provenant de la toiture d’un immeuble et parking en sous-sol proches sont dirigées vers la mare via des noues végétalisées.

Faune et flore

Des inventaires de la biodiversité du parc sont réalisés depuis 2010 (insectes, amphibiens et reptiles, oiseaux, chiroptères). Ils comprennent les espèces rares, protégées ou symboliques (comme le Chardonnet élégant) et invasives qui sont cartographiées. Le parc recèle trente-deux espèces végétales et environ cinquante d’espèces animales (vingt-six espèces d’oiseaux, huit de libellule, dix de criquets et de sauterelles, des renards et lapins…). Les espèces nectarifères et mellifères (bosquets et les prairies naturelles), les plantes couvre sols et ronciers (dans certains secteurs) sont favorisées, les arbres à cavités sont maintenus, et le port libre est favorisé sauf pour les saules têtards qui sont étêtés.

Histoire et archéologie

Le paysage (lisière de la forêt d’Orléans, champs cultivés, vignes, vergers puis urbanisation dense) et les usages (site Gallo-Romain constitué d’un sanctuaire et d’aqueducs romains, remplacé par un village carolingien) du Parc ont évolué au cours des siècles.

Historique des fouilles

Au début du XIXe siècle est envisagée la réactivation de la source de la fontaine de l’Étuvée, utilisée au Moyen Âge. Des sondages sont réalisés en 1822 sous la conduite de l’ingénieur Jean-Baptiste Jollois, considéré comme l’inventeur de l’archéologie orléanaise, et par ailleurs fameux égyptologue. Aucune trace de la source n’est identifiée. Une dizaines d’opérations de fouilles entre 1969 et 2005 ont révélé un bassin de décantation et un bassin monumental à vocation cultuelle, mais aussi de nombreux aqueducs souterrains traduisant un vaste réseau d’eau gallo-romain (Figures 2 et 3). Ces vestiges furent ré-ensevelis pour assurer leur conservation. En 2006, dans le cadre de l’aménagement de la ZAC du Clos de la Fontaine, les équipes de l’Inrap exhument un ensemble cultuel.

Figure 2 : Plan général du site en cours de fouille en 2006. © Patrick Neury, Inrap. Source : Plaquette « Un sanctuaire antique à Orléans » – INRAP, 2008.Figure 3 : Plan de masse des opérations archéologiques et des vestiges découverts. Source : Verneau et al., en préparation.

Un sanctuaire gallo-romain dédié à l’eau et aux soins

Les opérations de 1823 ont mis au jour des bassins en bois, mais surtout un fragment de pierre singulier (Figure 4). Il s’agit d’une dalle de pierre qui mentionne un portique dédié à la déesse Acionna. Cette dalle/stèle votive est datée entre le milieu du Ier siècle et le milieu du IIème siècle. Elle comporte une inscription latine traduite par: »Consacrée à Augusta Acionna, ce portique avec ses dépendances a été construit par Capillus fils d’Illiomarus (nom d’origine gauloise romanisé), qui a acquitté son vœu de bon gré, comme de juste ». Acionna est une divinité inconnue hors Orléans. C’est une déesse des eaux (-ona signifie « fleuve » en langue celte), reprenant le thème de l’eau. Cette stèle qui a très tôt permis l’hypothèse d’un sanctuaire gallo-romain.

Figure 4 : Stèle dédiée à Acionna, découverte en 1823. M. Jollois, 1825. Source : Plaquette « Un sanctuaire antique à Orléans » – INRAP, 2008.

Evolution du sanctuaire

Le Haut Empire romain

Au Ier siècle après J.-C. est érigé un temple carré (« fanum« ; Figure 5). Dans ce temple ont été mis au jour des offrandes à la déesse, telles que des plaquettes en tôle de bronze figurant des yeux ou des visages (ex-voto), mais aussi des objets en lien avec les soins du corps (miroir, cure-ongles, pince à épiler). Il s’agirait donc d’un « sanctuaire guérisseur » (hypothèse contestée), classiquement identifié dans les lieux comportant une source.

Figure 5 : Plan du sanctuaire (à gauche) au Ier siècle avant J.-C.; (à droite) au milieu du Ier siècle après J.-C. Source : Verneau 2014, DAO : Fr. Verneau, Inrap.

Au IIème siècle après J.-C., un bassin est construit et une cour à portique monumental dédiée à Acionna est bâtie (Figure 6). C’est également à cette époque qu’est fondé le réseau d’aqueducs souterrains. Les mentions d’Acionna, de Illiomarus, ainsi que l’architecture et l’organisation des éléments, témoignent de la double influence gauloise et romaine à cette époque.

Figure 6 : Plan du sanctuaire au milieu du IIème siècle après J.-C. Source : Verneau 2014, DAO : Fr. Verneau, Inrap.  

L’Antiquité tardive

L’activité du sanctuaire périclite au IIIème siècle, le temple partiellement détruit suggérant même un abandon au début du IVème siècle. Le sanctuaire est reconstruit dans le courant du IVème siècle, avec, parfois, réutilisation des matériaux de déconstruction. Quelques vestiges (ex-voto, statuette de divinité religieuse féminine) témoignent encore d’une activité religieuse, sans que la pérennité du caractère sacré du lieu puisse être confirmée.

Une nécropole au IVème siècle

Le sanctuaire est détruit au IVe siècle. Il devient une nécropole, avec plusieurs groupes d’individus inhumés. Il pourrait s’agir d’une réutilisation des ruines de l’ancien sanctuaire, avec des inhumations sélectives selon le niveau social des morts (dans les ruines de l’ancien temple ou à l’extérieur).

Un village carolingien

L’est du sanctuaire est occupé du VIIIème au Xème siècle par un village carolingien constitué d’habitats et de greniers sur poteaux, ainsi que de silos pour le stockage de céréales qui attestent d’une activité rurale.

Bonus : Qu’est-ce qui se cache dans le Parc de la Fontaine de l’Etuvée ???

Sources :